La cantine autrement (podcast du CIRAD) avec Marie Massart

La cantine autrement (podcast du CIRAD) avec Marie Massart

Avec sa première série de podcasts, le Cirad convie les auditeurs à un tour du monde des systèmes alimentaires. Première étape à Montpellier où le projet « Ma cantine autrement » a permis l’optimisation de la restauration scolaire par 25 actions fortes liées à la lutte contre le gaspillage, à la reconnexion avec l’agriculture ou encore à l’éducation au bien manger. Une démarche qui inspire d’autres collectivités, comme celle de Rufisque au Sénégal.

Intervenant·es : 

  • Nicolas Bricas, socioéconomiste au Cirad et président de la chaire Unesco Alimentation du monde
  • Luc Lignon, directeur de la politique alimentaire à la ville de Montpellier et à la métropole
  • Marie Massart, adjointe au Maire de Montpellier, déléguée à la politique alimentaire et l’agriculture urbaine

La restauration scolaire possède un fort potentiel de sensibilisation pour mieux connaitre ce qui se cache derrière le simple fait de manger. Il s’agit, en outre, d’un service public vital surtout pour les familles défavorisées.

Le projet Ma cantine autrement, développé par la Ville de Montpellier, est l’un des plus ambitieux de France dans son domaine. « Il concerne l’ensemble des jeunes montpelliérains inscrits à la cantine, soit 22 000 enfants qui déjeunent dans les 85 restaurants scolaires de la ville et les 42 centres de loisirs », résume Luc Lignon, directeur de la politique alimentaire de la Ville de Montpellier.

La politique alimentaire de Montpellier a intéressé le département de Rufisque au Sénégal qui jouxte Dakar. La collectivité a contacté la chaire Unesco Alimentation du Monde, dont Nicolas Bricas, socioéconomiste au Cirad est titulaire. « Après plusieurs visites et échanges entre les deux villes, un projet de coopération financé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a démarré fin 2019 avec une volonté d’échange et d’apprentissage mutuel », explique le chercheur. Celui-ci porte à la fois sur la question des infrastructures de marché, sur la restauration scolaire et sur la gouvernance d’une politique alimentaire territoriale.

États généraux de la solidarité : discours de Marie Massart

États généraux de la solidarité : discours de Marie Massart

La précarité alimentaire est forte et particulièrement à Montpellier. Suite à la crise que nous vivons depuis plus d’un an, cette précarité s’est encore accentuée. Nous avons pu constater heureusement une prise de conscience de l’importance de l’approvisionnement local mais malheureusement les mauvaises habitudes reviennent vite.

Sur le plan de la précarité, fort heureusement à Montpellier personne ne meurt de faim. Mais nous savons que les publics les plus précaires ont le plus souvent une alimentation de mauvaise qualité pas uniquement à cause du prix mais également par des pratiques culturels ou par manque d’accès à certaines informations. Je tiens à saluer le travail des associations, des bénévoles qui œuvre au quotidien pour l’aide alimentaire.  Une alimentation de mauvaise qualité a des conséquences importantes sur la santé et là encore ce sont les publics les plus précaires qui ont le plus de difficulté d’accès aux soins.

C’est un grand défi de permettre l’accessibilité de cette alimentation au plus grand nombre car évidemment les produits doivent être achetée à leur juste valeur et on sait que c’est beaucoup de travail. Les producteurs sont eux même des publics souvent en grande précarité. Donc il ne s’agit surtout pas de tirer les prix vers le bas. La ville de Montpellier, avec la métropole, a fait le choix d’orienter sa politique alimentaire prioritairement vers la lutte contre la précarité alimentaire qu’on peut aussi qualifier d’inégalité alimentaire.

De nombreuses actions sont déjà en place et d’autres sont en projet.

Les actions :

  • En premier lieu l’accessibilité à la cantine avec
    • Une tarification sociale
    • Une offre large permettant au plus grand nombre de pouvoir y manger. Les quartiers prioritaires sont les plus nombreux à venir y manger ce qui n’est pas le cas dans beaucoup d’autres villes
  • Les dons alimentaires de la cuisine centrale sous forme de repas et de produits bruts : 25 000 repas/an et en moyenne entre 150 et 200 repas/jour
  • Les actions pédagogiques pour faire évoluer les comportements alimentaires (moins de viande)
  • L’accès à une agriculture urbaine de proximité : potagers dans les écoles, jardins familiaux, jardins partagés pour que les enfants et les adultes réapprennent comme poussent les légumes, les productions locales, le rythme des saisons

Les projets :

  • Doubler les surfaces d’agricultures urbaines
  • Favoriser les projets de dons alimentaires sur les jardins partagés et familiaux Meilleurs accès aux marchés de producteurs via des aides et des groupements d’achats
  • Des appuis logistiques pour le stockage des denrées via le MIN
  • L’appui technique à l’achat de matériel dans les cantines populaires en bénéficiant de l’expertise de la cuisine centrale
  • Appui technique et mise en réseau avec les fournisseurs et les producteurs
  • Et enfin la cité de l’alimentation avec :
    • Une nouvelle unité de production alimentaire ouvertes avec des visites, des cours de cuisine, un jardin pédagogique.
    • Une BLTP (légumerie, murisserie, conserverie, espace d’affinage, pâtisserie) pour travailler prioritairement sur les produits bruts et réduire la part des produits ultra-transformés
    • Développement des selfs dans les écoles
    • L’expérimentation d’un office transformé en cuisine dans une école
    • La formation du personnel à une approche hôtelière
    • Un programme de sensibilisation dans les écoles
    • Des jardins potagers dans les écoles
    • Des partenariats avec les fermes ressources
    • Un bus pédagogique itinérant
    • Et enfin, des tiers lieux alimentaires dans toutes la ville en partenariat avec le secteur associatif (cantines populaires, espace pour apprendre à cuisiner, épicerie solidaire, groupement d’achat, espace de formation…)