[Midi Libre] Marie Massart, présidente du MIN de Montpellier: « Il faut pousser les producteurs locaux à aller vers le bio »

[Midi Libre] Marie Massart, présidente du MIN de Montpellier: « Il faut pousser les producteurs locaux à aller vers le bio »

Marie Massart clame une volonté politique de développer la qualité et le bio des produits du MIN. Marie Massart clame une volonté politique de développer la qualité et le bio des produits du MIN. william moureaux

Article Publié le 10/11/2020

Marie Massart (EELV) a récemment été désignée présidente du (MIN) marché d’intérêt national au nom de la Métropole de Montpellier.

Comment espérez-vous réussir une relocalisation maîtrisée de la production agricole avec peu de foncier encore disponible sur la métropole?

L’idée est de favoriser la relocalisation de l’économie et de l’alimentation. On touche là aux enjeux de la souveraineté alimentaire, encore plus prégnant dans le contexte de crise sanitaire que l’on connaît actuellement. C’est aussi un enjeu d’emploi pour l’agriculture locale et les entreprises de transformation. Sans oublier le lien entre alimentation et santé.

C’est-à-dire ?

Le grand projet structurant à venir concerne l’installation d’entreprises de transformation qui travaillent à partir de production agricole locale. Il y en a déjà sur le MIN. L’idée est de développer cela pour pouvoir accueillir une quinzaine d’entreprises avec des critères de qualité des produits. Plus précisément ceux de la cuisine centrale qui fournit les repas aux cantines scolaires de Montpellier.

Ces produits locaux peuvent être des fruits et légumes, de la viande, du poisson ?

Effectivement. Les produits maraîchers sont toujours les plus proches de chez nous. Pour la viande on va forcément un peu plus loin, sur l’Aubrac par exemple. On souhaite développer la filière poisson. L’idée est que ces marchandises alimentent toutes les entreprises déjà clientes du MIN, que ce soit les restaurants, les primeurs mais aussi la restauration collective.

Cela participe donc à la volonté affichée d’augmenter la part du bio dans les cantines ?

Oui notamment. Mais, aujourd’hui, la production bio locale n’est pas suffisante pour alimenter la restauration scolaire. Il faut donc pousser les producteurs locaux à aller vers le bio. Ou, en tout cas, vers des produits de la meilleure qualité possible.

N’y a-t-il pas le risque, en bout de chaîne pour le consommateur, d’un coût plus élevé ?

L’idée est de ne pas tirer les prix vers le bas car il faut que les producteurs puissent compter sur des revenus suffisants. On sait qu’aujourd’hui beaucoup se paient très mal avec des revenus mensuels oscillant de 500 à 1 000 € en travaillant énormément. Donc, oui il y a un surcoût. Mais il faut savoir que les produits de qualité ont une valeur nutritionnelle plus importante. Un produit bio va nourrir plus. Il y a également la possibilité de faire accéder les enfants à ces produits via la restauration scolaire. Cela touchera, notamment, des publics précaires.

Il y a 22 000 enfants qui mangent dans les cantines scolaires de Montpellier et qui peuvent y accéder avec des tarifs vraiment peu élevés. Les repas à 50 centimes que nous avons mis en place ont, en réalité, un coût bien plus important pour la collectivité.

Nous souhaitons également travailler sur la précarité alimentaire qui est très prégnante à Montpellier, en particulier avec la crise sanitaire. L’enjeu est d’éviter que les associations caritatives se retrouvent systématiquement avec les invendus des grandes surfaces ou des industriels, des produits ultra-transformés et de mauvaise qualité.

Le MIN peut aider à cela ?

Oui même si ce n’est pas sa mission première. On travaille dessus.

Le carreau de producteurs bio déjà existant va donc être développé ?

C’est l’idée effectivement. C’est un axe très concret. Nous voulons l’agrandir et, lors de chaque départ d’entreprises, favoriser l’implantation de nouvelles qui s’appuient sur un maximum d’emplois locaux. Un grossiste, par exemple, crée toujours moins d’emplois qu’une entreprise travaillant dans la transformation. Mais c’est plus compliqué à installer.

La logistique de la livraison est-elle prise en compte ?

L’idée est de réduire au maximum l’empreinte environnementale des transports en favorisant, notamment dans le choix des entreprises du MIN, les modes de déplacement doux, le moins polluant possible. Que ce soit de l’électrique ou même des vélos.

Nous allons explorer toutes les possibilités pour limiter la circulation des camions de livraison.

220 entreprises sur le même lieu

Le marché d’intérêt national de Montpellier (Mercadis), installé avenue du marché gare dans le quartier des Prés d’Arènes, est présidé par la Métropole. Sur le site sont regroupés, en différents pôles ou plateformes logistiques, pas moins de 220 entreprises générant 500 emplois directs. La marchandise (fruits et légumes locaux notamment) est à 40 % issues du Sud de la France (quatre départements).

Les 3 000 acheteurs professionnels (à commencer par les grossistes mais aussi les commerçants et les restaurateurs) génèrent un chiffre d’affaires annuel de 140 millions d’euros. À noter que le MIN propose un carreau numérique (mercadis.net) avec un catalogue en ligne. On y trouve, notamment, des détails sur les producteurs (fiches d’identité) et l’offre locale disponible en temps réel.

Le MIN de Montpellier reste, à l’échelle nationale et même régionale, plutôt modeste tout en développant des caractéristiques originales. Il met ainsi l’accent sur la traçabilité de l’approvisionnement via les produits locaux pour les associations caritatives. Le pôle de transformation qui travaille en synergie avec le carreau de producteurs est également particulier au MIN.

Frédéric MAYET